Le capitalisme nous promet un paradis mais vivons-nous un enfer ? À un tel stade de développement technologique, de quel progrès est-il aujourd’hui question ? Le progrès économique peut-il être antinomique avec celui de l’Homme ? Pourquoi l’économie moderne trouve son succès dans la maximisation des péchés capitaux ?
Orgueil, avarice, envie, colère, luxure, gourmandise et paresse. Ainsi sont les sept péchés capitaux connus de tous. Leur nombre n’a pas été choisi au hasard : le chiffre sept, signe de la création du monde, symbolise la compréhension de soi… Ces péchés sont présents chez tout être humain. Ils traduisent un déséquilibre car ils partagent un point fondamental : l’excès. L’économie moderne fonctionne de la même manière. Par la marchandisation de toutes choses, elle renouvelle sans cesse nos besoins et ce, dans une répétition permanente.
Les biens et services qu’elle crée en quantité indéfinie produisent alors les meilleures inventions comme les pires. On trouve aussi bien des produits issus de l’agriculture biologique que des produits ultra-transformés, des énergies renouvelables que des énergies carbonées, des associations humanitaires que des lobbys industriels…
Mais de nos jours, ce sont bien les pires inventions qui sont les plus valorisées. D’une certaine manière, qui « réussissent » le mieux, selon la vision contemporaine du succès, c’est-à-dire essentiellement financier.
L’économie moderne n’exploite donc pas seulement le travail et la nature. En transformant les penchants humains en opportunités commerciales, elle exploite aussi nos failles psychologiques. À regarder de près, elle trouve ainsi son succès dans la maximisation des péchés capitaux, au point que les plus grandes entreprises symbolisent chacun d’entre eux.
Ces péchés capitaux sont des comportements humains poussés à l’extrême. Mais si nous sommes si faibles pour les entretenir, c’est que nous sommes, à tort, davantage guidés par nos envies et éloignés de notre raison d’être. L’économie moderne s’en nourrit : en créant en permanence de nouveaux besoins, elle ne cesse de faire appel à nos envies. Ce paradoxe illustre d’ailleurs tout le mal-être qui règne chez beaucoup aujourd’hui : le désir d’infini de l’être ne se trouve jamais satisfait car il est comblé par des biens matériels. Or, lorsque ces biens viennent à manquer, ils recréent un vide tout aussi persistant. Ainsi, nous n’avons jamais produit autant de biens et de services, et pourtant les niveaux d’anxiété, de solitude, d’addictions et de dépression n’ont jamais été autant en hausse.
Une transition s’impose plus que jamais. De l’économie des sept péchés capitaux, nous devons entrer dans l’économie des sept bienfaits capitaux. Mais pour qu’une telle économie advienne, il faut que tous les secteurs s’orientent vers cette vision nouvelle. Certes, on voit peu à peu émerger ce changement. La nécessité d’adopter un modèle plus équilibré s’impose d’elle-même, car la multiplication de crises est avant tout un moment où l’ordre des choses s’impose. Les grandes entreprises prennent ainsi progressivement conscience que leur pérennité ne peut passer que par le souci du commun. Que la maximisation du profit ne peut-être une fin en soi, sans quoi leur propre activité serait mise en péril.
Mais, pour l’heure, cette transformation reste de façade et est souvent instrumentalisée. Elle ne sera positive qu’à la seule condition qu’elle fasse l’objet d’un changement durable. Pour cela, chacun doit comprendre que ce projet est dans son intérêt. Le chemin est encore long.
